
Bienvenue dans Burger Quest – l’odyssée du Burger Bio, qui retrace les expérimentations et d’enseignements récoltés par les équipes de Bioburger en 15 ans d’existence. Des frites en passant par le bun, les sauces, les boissons et les condiments, Burger Quest explore les difficultés de faire un burger bio, bon et accessible… et révèle tout ce […]
Bienvenue dans Burger Quest – l’odyssée du Burger Bio, qui retrace les expérimentations et d’enseignements récoltés par les équipes de Bioburger en 15 ans d’existence.
Des frites en passant par le bun, les sauces, les boissons et les condiments, Burger Quest explore les difficultés de faire un burger bio, bon et accessible… et révèle tout ce qui ne va pas dans les burgers qu’on mange ailleurs.
Dans ce dixième épisode, on parle de ces quelques grammes de lard qui, dans l’élevage conventionnel, engendre des tonnes de rejets polluants dans l’environnement. Cette semaine, on parle d’élevage porcin et de la question des externalités.
Bienvenue à Plouvorn ! Ce petit village du Léon, dans l’arrière pays de Morlaix, Finistère, au milieu d’une riante campagne, aurait tout pour être un vrai village de carte postale.
Sauf qu’il a une spécialité assez peu prisée des touristes estivaux : l’élevage porcin.
Avec 80 000 porcs pour 2 900 habitants, Plouvern a été rebaptisé “le village au 100 000 cochons”. L’élevage porcin a toujours existé dans la région. Mais dans les années 60, sous la pression de la “révolution verte” et des incitations à produire toujours plus, les petites fermes se rassemblent, fusionnent. Aujourd’hui, la commune compte 17 exploitations, qui produisent du “porc conventionnel”.
Produire vite, beaucoup, à bas coût, pour proposer des produits les moins chers possibles.
Le problème ? C’est que quand on baisse les coûts à la caisse, en réalité, on ne fait que reporter ces coûts ailleurs.
Vers qui ?
Quand ni les producteurs, ni les consommateurs ne paient le vrai prix de l’élevage porcin intensif conventionnel, celui qui paye, à la fin, c’est l’environnement.
Et, encore plus précisément : les habitants.
Il y a quand même des concepts très utiles, en économie. Notamment celui des externalités – un concept qui désigne les coûts liés à une activité économique qui ne sont pas pris en compte dans le prix final.
Et le petit village de Plouvorn est peut-être le meilleur endroit pour comprendre ce concept.
Dans les fermes traditionnelles, il y a toujours eu des cochons – mais seulement quelques têtes par exploitation. Puis la spécialisation est arrivée. On a rassemblé les porcs dans des méga-porcheries. Pour éviter qu’ils ne se battent, on a arraché leur queue et meulé leurs dents. Puis on les a gavés pour accélérer leur croissance, et on les fait vivre sur caillebotis pour récupérer le lisier qu’ils produisent à un rythme accéléré…
Bref, on a inventé l’élevage industriel.
Et en même temps que ce modèle se répandait, ses conséquences sur l’environnement augmentaient de manière exponentielle.
Derrière le paysage de carte postale, la petite ville de Plouvern souffre de maux qu’on pourrait presque comparer aux 7 plaies d’Egypte…
Ça a commencé par l’air. Les effluves des élevages porcins ne sont seulement désagréables à l’odeur. Elles charrient en plus de l’ammoniac – un gaz responsable de la formation de particules fines qui est aussi la deuxième cause de mortalité évitable dans le pays. Et Plouvern est tout simplement la première commune émettrice d’ammoniac en France, entraînant ses voisins avec elle : parmi les 10 villes les plus polluées à l’ammoniac, 4 se trouvent à moins de 20km de Plouvern…
Après l’air ? Il y a eu l’eau. Aujourd’hui, plus aucun pêcheur n’ose encore pêcher dans la jolie rivière bourrée de pesticides, de phosphore et de nitrates. Ensuite, ça a été le point d’eaux potables, fermés car l’eau était devenue impropre à la consommation. Puis la base de loisirs de la commune : à l’été 2022, la baignade y a été interdite pendant 46 jours à cause de la présence importante de cyanobactéries (boostées, elles aussi, par les phosphates et des nitrates présents dans l’eau), et pouvant provoquer des troubles digestifs, neurologiques ou cutanés.
Bref. L’air, l’eau, la terre : en Bretagne, l’élevage porcin conventionnel empoisonne tout.
Oui, le lisier de porc est un excellent engrais. Et c’est là tout le problème : en Bretagne, la production porcine est devenue tellement massive que les engrais présents dans le lisier contaminent tout l’environnement – pour booster la prolifération des cyanobactéries et des fameuses algues vertes.
Sur le littoral, ces algues peuvent, en se putréfiant, libérer des gaz ultra-toxiques qui auraient causé la mort d’au moins 3 hommes et d’une quarantaine d’animaux depuis les années 80 – comme le raconte magistralement la BD Les Algues Vertes d’Inès Leraud et Pierre Van Hove.
Le sujet a déchiré la Bretagne pendant des décennies. Car fondamentalement, il soulève une différence fondamentale entre l’agriculture conventionnelle et biologique : celui du pollueur-payeur.
Son principe est simple : tout pollueur devrait être tenu responsable du coût de la pollution qu’il occasionne. Sauf qu’en réalité, son application est extrêmement complexe. Et les entreprises choisissent entre deux attitudes :
Pour résumer avec un tableau :

Chez Bioburger, depuis 15 ans, on a choisi de travailler avec Salaison bio-valeurs : des producteurs de porc bio qui disent souvent eux-mêmes comment passer en bio leur a permis d’aimer à nouveau leur métier d’éleveurs.
Pourquoi ? Parce que la logique conventionnelle est par définition incompatible avec la protection de l’environnement et du bien-être animal – comme on l’expliquait dans l’épisode précédent, sur les poulets.
Pour résumer, et comme l’explique souvent la marque Loom (qui publiera bientôt un livre sur le sujet) : il existe dans le système économique actuel, une prime au vice : faire les choses mal, ça rapporte.
Et la question est : peut-on inverser la tendance ?
Oui, le bio c’est plus dur. Oui, le bio c’est meilleur. Mais est-ce que le bio est plus fort ? C’est la question qu’on se pose tous les jours chez Bioburger.
On aimerait évidemment que le bio devienne la norme. Mais pour cela, il faudrait que l’agriculture conventionnelle reconnaisse ce qu’elle coûte vraiment. Son coût social et environnemental, nous ne le payons peut-être pas à la caisse du supermarché… mais on le paye tous les jours dans l’air que l’on respire où l’eau que l’on boit. Et d’ici quelques années, si l’on pense aux impacts sur notre santé à long terme, ce coût sera bien plus exorbitant que les quelques euros économisés sur notre caddy…
Alors n’attendons pas. Surtout que comme vous le savez, chez Bioburger, on prouve aussi tous les jours que le bio n’est pas forcément tellement plus cher pour le porte-monnaie.
Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il est infiniment moins coûteux pour la planète… et pour notre avenir.